Un mot, juste un mot, rien qu’un mot

C’est avec un extrait de Le Chant de la Terre Gustav Mahler que nous nous accueillons aujourd’hui.

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« Que le désert et la terre aride manifestent leur joie ! Que le pays sec s’émerveille et se couvre de fleurs aussi belles que les lis ! Car de l’eau jaillira dans le désert, des torrents ruisselleront dans le pays sec et le pays de la soif se changera en région de sources. C’est là que marcheront ceux que le Seigneur aura libérés »

Livre du prophète Esaïe 35

La vie qui s’éveille et surgit, la vie qui trace un chemin à travers le désert qui se change en pays de sources, la joie qui fleurit là où tout était stérile…

En ce premier jour du printemps et en ce dernier dimanche de Carême, entre ce qui se termine et ce qui se renouvelle je vous souhaite la bienvenue !

Au bout d’un chemin de bientôt 40 jours, voici une dernière halte avant la fête des Rameaux et le temps de la Passion, pour retrouver nos racines, pour avancer à l’image du Christ, qui est doux et humble de cœur.

 

 

Pierres, Rock, Roches, L'Écart
Un chemin dans le désert

 

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Prière d’ouverture

Seigneur Jésus,

Toi qui a marché sur les routes humaines à la rencontre de ceux qui se tournaient vers toi,

Nous voici avec notre vie offerte, avec nos espoirs de lendemains…

Nous voici pour le renouveau promis dans ta Parole : L’espérance qui fait fleurir les déserts et qui change la tristesse en cris de joie…

Nous voici avec ce que nous apportons à ta lumière; ce qui nous habite et nous accompagne dans le secret des cœurs, afin que tu le transformes pour plus de bonheur…

Merci pour ce jardin que tu fais pousser, pour le salut que tu fais germer, pour le pardon que tu viens semer, pour ta gloire et pour l’éternité. Amen

 

Toi qui es lumière, toi qui est l’amour…

Lecture

Évangile de Marc 10, 32-45

Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem. Jésus marchait devant ses disciples qui étaient inquiets, et ceux qui les suivaient avaient peur. Jésus prit de nouveau les douze disciples avec lui et se mit à leur parler de ce qui allait bientôt lui arriver. Il leur dit : « Écoutez, nous montons à Jérusalem, où le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux maîtres de la loi. Ils le condamneront à mort, le livreront aux païens. Ceux-ci se moqueront de lui, cracheront sur lui, le frapperont à coups de fouet et le mettront à mort. Et, après trois jours, il se relèvera de la mort ».

Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, vinrent auprès de Jésus. Ils lui dirent : « Maître, nous désirons que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons ». « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » leur dit Jésus. Ils lui répondirent : « Quand tu seras dans ton règne glorieux, accorde-nous de siéger à côté de toi, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche ». Mais Jésus leur dit « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe de douleur que je vais boire, ou recevoir le baptême de souffrance que je vais recevoir ? » Et ils lui répondirent : « Nous le pouvons ». Jésus leur dit : « Vous boirez en effet la coupe que je vais boire et vous recevrez le baptême que je vais recevoir. Mais ce n’est pas à moi de décider qui siégera à ma droite ou à ma gauche ; ces places sont à ceux pour qui Dieu les a préparées ».

Quand les dix autres disciples entendirent cela, ils s’indignèrent contre Jacques et Jean. Alors Jésus les appela tous et leur dit : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des peuples commandent en maîtres, et les grands personnages leur font sentir leur pouvoir. Mais cela ne se passe pas ainsi parmi vous. Au contraire, si l’un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur, et si l’un de vous veut être le premier, il doit être l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir et donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens ».

Message

 

 

C’est un mot magnifique, un peu oublié, sur lequel on a dit tant de choses, fausses, tordues, malaimées…  Un mot qui dans sa simplicité ne devrait même pas être prononcé, pour ne pas lui donner trop d’importance, pour qu’il ne s’enfle pas, ne devienne pas immense, comme dans la fable du bœuf et de la grenouille… Vous la connaissez ? La grenouille qui voulait être aussi grosse que le bœuf et qui… se dégonfla !

Non, il faut qu’il reste à sa bonne taille ce mot et qu’on le remettre délicatement de là où il est tiré : de la terre, de l’humus, de cette fine couche fertile qui recouvre la surface du sol et qui peut faire pousser le blé pour faire le pain, le vin pour faire la joie, qui du labeur fera naître le Royaume qui vient.

C’est un mot de route, un bagage pour le voyage de la vie. Un mot qui s’enracine, mais peut-être pour mieux nous tourner vers les autres, pour se tenir à hauteur d’homme.

 

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Une pousse, promesse d’un à-venir

 

Oui, l’homme, c’est celui qui est justement tiré de la terre comme Adam, en hébreu veut dire le terreux, le glèbeux. Celui qui a été façonné de la poussière du sol et qui a reçu le souffle de vie.

Alors oui, ce mot… j’hésite à le dire, car tout de suite chacun va y coller ses représentations, ses souvenirs, son éducation. Et j’ai peur qu’il m’échappe ce mot, afin qu’il ne s’enferme pas dans une définition.

Et pourtant, il est pour moi au cœur de l’Évangile, et je suis bien obligé de le prononcer.

Mais… à une condition, promettez-moi, je vous en supplie, que vous allez l’accueillir ce mot, comme si c’était la première fois, comme s’il était neuf, alors qu’au fond, il a sans cesse besoin d’être dépoussiéré.

Vous l’avez deviné ?

Oui, il est bien présent dans les réponses et l’attitude de Jésus à l’égard de ses disciples. Notamment de Jacques et de Jean, les fils de Zébédée. Ils en manquent cruellement de ce mot, non ? Les autres compagnons s’offusquent, s’indignent de tant de prétention en tout cas. Mais le seul ici, le seul homme qui garde le mot en lui, c’est le Christ.

Il n’élève pas la voix, ne fait pas de reproches, ne rabaisse pas non plus. Il écoute, essaye de comprendre, noue un dialogue. Si Jacques et Jean se voient bien déjà au-dessus, et si les autres aimeraient les remettre en-dessous, Jésus, lui les regarde en face, comme ils sont, sans se moquer, ni leur dire qu’ils seront exaucés.

Il les ramène au présent, à ce qui viendra, à la réalité d’une passion, il les oriente vers une souffrance à venir. Car le mot, le mot qui est là, ne s’évade jamais hors du monde, il ne s’égare pas dans des rêves, mais sait que la vie c’est une traversée avec tout ce qu’elle comporte de bon et de beau, de tragique et de difficile. Mais le troisième jour il se relèvera, il ressuscitera, non pas à cause d’une force, d’un privilège, mais parce que Jésus sera resté lui-même en portant le mot jusqu’au bout.

Le mot reste attaché à une terre de promesse, mais où le grain doit mourir pour porter du fruit… Il est cet humus qui fait germer un salut qui nous donne d’être aimé comme nous sommes, et nous invite à oser sa vie, à s’élever, à se tenir debout, toujours, mais aussi à accepter les limites, à découvrir les richesses, à faire le deuil de tout ce que nous ne sommes pas, pour rester en paix, avec ce mot… que vous connaissez maintenant !

 

 

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Une terre riche de promesses

 

Oui, Jésus ne promet rien ni ne retranche rien. Il dit que pour être élevé il faut passer par ce qui est à nos pieds, que si on veut être grand, il faut regarder ce qui est petit, à notre portée.

Et pour cela le mot aide. Il aide à se tenir avec soi-même, en acceptant le regard de Dieu qui jamais ne compare, mais voit chacun avec ce qui fait de lui un être vivant, animé d’un souffle, habité d’un Esprit, fort et plein de vie, et puis en même temps, qui se sait fragile et vulnérable, à la merci.

Mais Jésus gardera le mot, ce mot si précieux qui permettra à d’autres à sa suite de vivre leur vie en vérité, en simplicité, en pardon aussi, en ouverture inconditionnelle, en étant ami avec soi-même et en se tournant vers les autres.

Un certain Vendredi, sur la croix, deux personnes seront à sa droite et à gauche. Celui de droite, le bon larron, reprendra tout autrement la demande de Jacques et de Jean : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne » et il sera exaucé à l’instant même.

Oui, il est toujours neuf ce mot et je le dis avec sincérité, avec tout ce qu’il pourra éveiller :

Humilité.

 

Regardez l’humilité de Dieu.

Prions ensemble !

Seigneur,

Ta parole est cette promesse de te rencontrer au cœur de nos vies, dans les réalités qui sont les nôtres, avec cœur humble et simple, avec notre vie telle qu’elle est.

Ainsi, nous aimerions te prier :

Pour tous ceux qui sont dans la nuit de la tristesse ou de la peur, viens dire sur leurs chemins des mots de lumière, d’apaisement et de guérison.

Pour tous ceux qui connaissent un échec, une remise en question, un passage difficile, pour tous ceux qui se sont trompés dans leur choix, qui ont fait fausse route, viens leur redire dans l’humilité un recommencement possible.

Pour tous ceux qui se préparent à affronter une échéance importante, viens faire résonner dans leurs cœurs, un véritable encouragement à aller de l’avant !

Pour tous ceux qui savent qu’il y a une profondeur à la vie, viens révéler Seigneur ta force cachée, ta Parole nourrissante, la confiance qui relève, la vérité qui libère, l’humour qui allège.

Apprends-nous à regarder à ton Fils bien-aimé, Jésus le Christ, le vrai humble de coeur, qui, pour nous, s’est humilié sans jamais se renier, mais qui t’es resté fidèle jusqu’au bout…

Qu’il nous aide à inventer des paroles et des gestes qui engagent, rejoignent et expriment au près comme au loin ton amour et ta proximité.

Nous te le demandons au Nom de ton Fils, afin qu’il nous entraîne sur des chemins d’humanité.

Amen.

 

Accès, De Nombreux, Les Mains
Vers plus d’essentiel et de solidarité

Cultivez l’humilité. Être humble, ce n’est pas avoir une mauvaise opinion de soi, c’est avoir une juste opinion de soi-même et être à sa place. Être humble, c’est savoir qu’on est toujours perfectible, qu’on a encore besoin de progresser, qu’on a besoin des autres.

Frédéric Lenoir

Bénédiction

Que Dieu vous donne de cultiver et prendre soin avec humilité de la vie qui nous est confiée.

Que sa générosité vous bénisse et que sa douceur vous garde.

Que sa Présence soit avec vous, maintenant et toujours, pour marcher en paix et demeurer dans sa grâce qui jamais ne s’efface.

Par le Père qui nous aime, le Fils qui nous sauve et l’Esprit qui nous éclaire,

Amen

 

Nous nous quittons en vous disant non pas Adieu, mais « Au revoir ». Belle semaine.

Gustav Mahler, L’adieu, extrait de Le Chant de la Terre

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